09.10.2006

Histoire de courant intermittent


Les pannes de courant sont quasi quotidiennes dans ma bonne vieille ville en voie de dépérissement de Kanpur. Elles durent des heures. J’ai une machine pour stocker de l’énergie dans un accu quand il y en a sinon, je serai bien mal quand l’électricité s’arrête au milieu de la nuit et que la température monte à 45° C. Tu parles d’un été indien : Sécheresse, canicule et parfois à la mousson tombent des trombes d’eau !
Tiens, il est 12 : 05 et çà vient de se couper. Personne ne peut prédire quand le courant reviendra. En revanche, après 6 mois passé ici, j’ai acquis la faculté de deviner quels seront les jours sans panne de courant. Mon truc ! Quel truc ? ok, ok çà va, je vous explique :
il y a une conjonction trop forte entre la visite à Kanpur de leaders politiques détenteurs du pouvoir local ou national et l’absence de coupures d’électricité pour que ce soit le fruit du hasard. Je prévois pour 2007, année de campagne en Uttar Pradesh, des pannes de courant les jours de meeting de l’opposition et des journées fastes sans coupure quand les représentant du gouvernement régional viendront défendre leur bilan.
Sans doute, peut on s’interroger sur l’identité de la personne qui décide des coupures ? représentant élu et fonctionnaire ? Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, mais j’irai bien voir du côté du ministère de l’énergie de l’état U.P qui fait peut être payer aux habitants de Kanpur leur vote pour l’actuel opposition aux dernières élections régionales.
C’est ce qu’on appelle une sanction électorale inversée!

J’ai peur de devenir Dengue! #1

Une épidémie de Dengue sévit en ce moment dans le nord de l’Inde. J’ai été averti par un voyageur rencontré à Jaipur, puis par un jeune médecin du meilleur hôpital public qui a vu l’un de ses collègues en mourir. Les bâtiments, dans lesquels ces internes vivent, sont infestés de moustiques, vecteurs de maladies, à la suite de travaux aux alentours.

Les moustiques en Inde, on s’en méfie… Mais comme après avoir passé un an dans ce pays et l’avoir bien parcouru, je n’ai jamais vu quelqu’un qui a réellement été atteint du paludisme, j’avais un peu baissé ma garde. Entendre quelqu’un dire qu’il a veillé son ami et collègue médecin jusqu’à son trépas, çà fait froid dans le dos. J’ai donc décidé de prendre toutes les mesures nécessaires pour essayer de ne pas tomber malade et pour survivre à ces épidémies conjointes de Dengue, de Malaria et de Chikungunya.

 Je me met donc dès aujourd’hui en quête de savarine mélange de chloroquine et de paludrine pour prévenir une attaque de palu. Je vais acheter la pommade indienne qui a un effet répulsif pour les insectes suceurs de sang et je dors sous ma moustiquaire. C’est désormais le sujet de conversation N°1, on ne parle plus que de maladie et de malades, autant dire que l’atmosphère laisse à désirer…

Je vous tiendrai au fait de l’évolution de la situation. Si vous êtes en Inde, portez des habits amples et longs et sortez couvert ... de répulsif.

14.09.2006

Caméra Kids

C’est l’Oscar du meilleur documentaire de 2005. Le film dévoile les conditions de (sur)vie dans les bordels d’une mégapole du tiers monde. Il a été tourné dans le quartier des prostitués de Calcutta dans l’ouest de l’Inde. Il montre comment les photos d’un groupe d’enfants de travailleuses du sexe, connaît une notoriété mondiale après avoir appris et pratiquer cet art avec Zana Brisky. Cette célèbre photographe de New York a habité plusieurs années dans le Red Light district parmi les prostitués, qu’elle a côtoyées. Peu un peu, Zana a appris à connaître ces femmes et leurs enfants.Vivre dans un bordel ne permet pas de jouir d’une « enfance normale ». Impossible d’étudier, d’échapper à la violence et à la misère, d’espérer choisir un métier légal pour se sortir de la pauvreté, sans parler de l’ostracisme dont sont victimes les habitantEs de quartiers chauds. Zana veut les sortir de là. On la voit donc leurs apprendre la photo : un peu de théorie, beaucoup de pratique … La caméra suit les gamins photographes, les « caméra kids », dans le ruelles, sur les toits et dans les appartements du quartier rouge.Ils ont un bon professeur, Zana Briski est une photographe reconnue, ils sont vifs et comprennent vite. Chaque jour, ils brûlent deux pellicules. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Leurs photos sont primées. Amnesty International choisit d’utiliser leurs clichés pour illustrer son calendrier annuel. L’un d’eux sera même invité pour représenter l’Inde à un salon international de photographie. Zana a l’intelligence des yeux, mais aussi celle du cœur. Elle sait que, sans diplôme, les enfants n’ont pas d’avenir hors du quartier rouge. On a donc un aperçu des obstacles posés par l’administration indienne, que Zana a dû surmonter pour que l’un des enfants obtienne un passeport en dépit de son adresse mal famé, et pour qu’ils puissent tous étudier en pensionnat malgré qu’ils soit la progénitures de criminelles. Pour financer leur éducation jusqu’à la fin de leurs études universitaires, l’artiste a vendu leurs photos aux enchères dans des ventes de charité. Elle a fondé l’ONG « kids with camera » qui se charge de venir en aide à des enfants marginalisés au moyen de l’apprentissage de l’art de la photographie.
Avec l’aide d’un collègue photographe, elle a contribué à éclaircir l’horizon sombre de travailleuses du sexe qui attendait ces quelques neuf enfants. Prenant à rebrousse-poil les préjugés pessimistes sur « la fatalité de la pauvreté » en Inde, la pratique de la photo de ces enfants leur permet de se préparer un avenir en dehors de l’univers des bordels, où ils ont grandi.


« Camera kids » de Zana Briski et Ross Kaufmann, 2006, MK2 doc.